Lorsqu’on a un diabète, le besoin de parler de son vécu avec la maladie est courant, et il arrive qu’on se dirige vers un(e) professionnel(le) comme un(e) psychiatre, un(e) psychologue. A quels moments de la maladie ce besoin apparaît-il ? David , 65 ans, diabétique de type 2 depuis 10 ans et Maxime, 28 ans diabétique de type 1 depuis 13 ans racontent leur vécu. 

Stress et diabète : un combo qui amène à consulter

La première fois que Maxime a vraiment ressenti le besoin d’un accompagnement en plus , c’était pendant sa première année en médecine. C’était pour lui une période très dure. Il avait donc plus de mal à gérer convenablement la maladie, ce qui a entraîné  : « un déséquilibre du diabète, je faisais des hypos la nuit. Cela provoque pas mal de troubles anxieux ». Le rythme soutenu des études, le stress qui va avec l’ont poussé à aller voir un psychiatre. « J’ai été aidé 1 ou 2 ans… Pas de suivi régulier, ni beaucoup de séances, c’était pour prendre des anxiolytiques notamment. Après en 2ème année j’ai arrêté parce que ça allait mieux ! »

Plus tard, lors de sa 5ème année de médecine, il a de nouveau eu besoin d’aide. « Il fallait préparer le concours, c’était une période où j’avais des gardes à l’hôpital, ça désorganisait beaucoup ma vie quotidienne. Je faisais beaucoup d’hypos nocturnes, donc une source d’anxiété… J’ai commencé à faire un épisode dépressif lié au diabète ». Maxime a commencé à prendre des antidépresseurs et à revoir son psychiatre.

Écrire, une première thérapie !

David vivait très bien avec son diabète. « Ça allait, j’avais de la Metformine… C’était pas trop grave ! ». Avec légèreté, il précise qu’il aurait pu avoir besoin de voir un(e) psychologue à cause d’une déception amoureuse, mais c’est tout. 

Puis 4 ans après la découverte de son diabète, David a subi une pancréatectomie (ablation du pancréas) qui l’a énormément affecté. Il est de nature sportive, c’était d’ailleurs son métier. Il a notamment été chef de bassin, moniteur de natation. Cela a donc été un « choc ». Concernant sa façon de vivre, il ne pouvait plus faire autant de sport qu’il le voulait. C’est après cette lourde opération qu’il s’est dit : « Je devrai vivre tout le reste de ma vie sans pancréas, sans rate… avec tout ce que ça implique ». À ce moment-là, il a eu des problèmes digestifs incommodants (flatulences), et il aurait aimé pouvoir « parler à quelqu’un sans limite », être accompagné sur le plan psychologique. 

D’après David, il s’était davantage concentré sur la « guérison » de son corps et n’avait pas pensé sur le moment à une aide psychologique. « Et puis à la place j’ai commencé à écrire, cela m’a beaucoup aidé. Grâce à ça je n’ai pas déprimé ! ». D’ailleurs avec le recul, il se rend compte à quel point il aurait eu besoin de cette aide ! Dans certains cas, ils estime que pour des pathologies graves, un soutien psychologique devrait être automatiquement proposé : « Ça aurait été l’idéal à mon avis ». Aujourd’hui, David va bien et n’estime pas avoir besoin de cet accompagnement, sa vie lui convient très bien ainsi. 

Chez le psy, pour parler de quoi ?!

Cela aurait pu être l’occasion pour David de parler de « mes angoisses, ma tristesse, ma colère, ma frustration, du sentiment d’injustice que ce soit tombé sur moi… Dans ces moments-là on se dit « Mais qu’est ce que j’ai fait au bon dieu » ! », dit-il en riant. 

À l’inverse, Maxime ne ressentait pas le besoin de se confier sur sa vie quotidienne… Mais il sait qu’il pouvait potentiellement parler de tout ce qu’il voulait. « Parce que par exemple, avec les amis et la famille… Il peut y avoir de la complaisance quand c’est quelqu’un que tu connais… il peut aller dans ton sens. Alors qu’un psychiatre peut te faire remarquer des choses plus facilement. Quand on est têtu ou autre il n’hésite pas à dire les choses ». Et comme l’accompagnement psychiatrique est réalisé par une personne qu’on ne connaît pas, la distance au sein de la relation thérapeutique fait que l’analyse est plus juste, estime Maxime. 

En revanche, ce qui l’intéressait c’était de pouvoir échanger sur la gestion et les conditions de son travail en milieu professionnel et son diabète. Concilier une très bonne gestion de son diabète et son travail était parfois très compliqué car il faisait des comas hypoglycémiques. Étant interne en médecine psychiatrique, il lui est arrivé de rencontrer des médecins qui minimisaient son diabète. Cela faisait aussi partie des sujets de conversation avec son psychiatre.

Quels bénéfices peut-on en tirer ?

« Ce qui m’a vraiment allégé vis-à-vis du diabète, c’est que mon psy m’a fait remarquer que j’étais assez « court-termiste » dans la gestion de mon diabète en me focalisant trop sur les corrections d’insuline etc ». Le psychiatre lui disait qu’il n’avait pas de vision globale de son diabète et que cela renforçait son anxiété. A partir de là, Maxime a « lâché du leste » et a commencé à moins se concentrer sur un objectif de parfait équilibre de son diabète. Il se sentait beaucoup mieux et était moins angoissé, d’ailleurs il gérait mieux son diabète. Au fur et à mesure des séances, il a pu se rendre compte que le diabète n’était pas une maladie anodine. « J’ai accepté que le diabète occupe une grande partie de ma vie… Car lorsqu’on est diabétique on a envie de vivre comme les autres, de minimiser ce qu’implique la maladie. Mais finalement ça nous rattrape, que ce soit par les glycémies ou autre chose… ». Avec ses expériences, Maxime est « persuadé qu’il faudrait un suivi au moins psychologique voire psychiatrique obligatoire en diabétologie ». Grâce à l’accompagnement dont il a bénéficié  il est beaucoup moins angoissé par ses glycémies, il a acquis « les clés pour vivre mieux » avec son diabète.

David, bien qu’il n’ai jamais été suivi psychologiquement, pense que cela l’aurait réconforté, et lui aurait été utile pour mieux accepter l’idée de vivre sans pancréas. Cela lui aurait permis de « trouver les clés de cette spirale infernale… de me sentir moins seul dans ce que je traverse. Les psychologues ont les outils pour aider à accepter tout cela ». Il aurait aimé qu’on lui dise que d’autres personnes diabétiques vivent sans pancréas et qu’ils s’en sortent très bien. 

Imaginant ce qu’aurait pu lui apporter une aide psychologique, il se dit que « discuter avec d’autres personnes diabétiques, qui ont à peu près vécu les mêmes choses que moi, ça m’a aidé, ça représente aussi une forme d’accompagnement psychologique »