24/07/2026

Auteurs : Arnaud Bubeck, responsable du Diabète LAB, et Coline Hehn, chargée de recherche

En France, plus de 4 millions de personnes vivent avec un diabète. Si les complications cardiovasculaires, rénales ou ophtalmologiques sont bien connues, les atteintes cutanées restent souvent dans l’ombre. Rougeurs, démangeaisons, douleurs, réactions liées aux dispositifs médicaux… La peau, pourtant en première ligne, est encore trop peu considérée dans le parcours de soins.

C’est dans ce contexte que le Diabète LAB a mené l’étude DermaDiab en collaboration avec le laboratoire CeraVe. Son objectif : mieux comprendre l’impact des complications dermatologiques liées au diabète sur la qualité de vie des personnes concernées.

Objectifs de l’étude

L’étude s’adressait aux personnes atteintes de diabète de type 1 ou de type 2 et déclarant des complications dermatologiques en lien avec leur maladie. Les objectifs étaient entre autres d’identifier les principales problématiques de peau rencontrées, comprendre leurs conséquences physiques, psychologiques et sociales ou encore évaluer le niveau d’information et les attentes des personnes concernées. L’enjeu central de l’étude était ainsi de mesurer l’impact réel de ces atteintes cutanées sur la qualité de vie.

Des symptômes fréquents, et un impact global

Notre enquête a été diffusée durant l’été 2025, et 1357 personnes atteintes de diabète de type 1 ou 2 et souffrant de complications de la peau ont répondu au questionnaire. Les résultats montrent d’abord que ces problèmes de peau sont loin d’être anecdotiques. 82 % des répondants disent avoir souffert de douleurs ou de démangeaisons, 55 % rapportent un changement d’aspect de leur peau et 63 % disent s’être sentis gênés ou complexés. Une personne sur deux indique aussi que ses problèmes de peau influencent ses choix vestimentaires.

Mais où apparaissent les problèmes ? Pour les personnes vivant avec un diabète de type 1 (DT1) : principalement aux zones de piqûre d’insuline, mais aussi sur les jambes et les bras. Pour les personnes vivant avec un diabète de type 2 (DT2) : surtout les jambes, les pieds et les bras. En réalité, l’ensemble du corps peut être concerné.

Beaucoup de personnes déclarent ne pas savoir précisément l’origine de leurs problèmes cutanés. Chez les personnes vivant avec un DT2, 37% évoquent un lien avec le diabète, mais 37% répondent également qu’elles ne savent pas. Cette incertitude traduit un déficit d’information et d’accompagnement.

Peu de suivi malgré l’impact

Autre enseignement important : ces symptômes restent encore insuffisamment pris en charge. Seules environ six personnes sur dix ont consulté un professionnel pour leur problème cutané. Près d’un répondant sur deux n’a reçu aucun traitement prescrit et, parmi ceux qui ont été traités, seuls 27 % jugent ce traitement efficace. Au total, 85 % des participants souhaitent un meilleur accompagnement.

Beaucoup vivent donc avec ces symptômes sans suivi spécifique : 33% des répondants de l’étude affirment avoir bénéficié de soins pour leurs problèmes, avec une satisfaction de 3,3/5.

Un impact sur la vie sociale, affective et professionnelle

Le retentissement dépasse largement le seul inconfort physique. 36 % des répondants disent que leurs problèmes de peau ont affecté leurs activités avec les autres ou leurs loisirs, 23 % estiment que leurs relations avec leurs proches en ont souffert et 27 % rapportent un impact sur leur vie sexuelle. Sur le plan psychologique, 37 % se sentent isolés à cause de leurs problèmes de peau. L’image du corps que les personnes ont de leur corps est potentiellement impactée négativement (2,7/5 en moyenne), et 46 % des participants déclarent perdre confiance en eux à cause de l’apparence de leur peau. Au-delà du visible, la santé mentale est également concernée : seules 20 % des personnes disent ne jamais se sentir anxieuses ou inquiètes à cause de leurs problèmes cutanés.

Des traitements jugés peu satisfaisants

Près de la moitié des répondants n’ont reçu aucun traitement prescrit. Parmi ceux ayant bénéficié d’un traitement : les crèmes thérapeutiques sont les plus prescrites, 27 % seulement les jugent efficaces. La satisfaction moyenne est de 3,2/5.

Certaines personnes ont dû interrompre un dispositif médical (pompe ou capteur) à cause de réactions cutanées. Cela montre à quel point la santé de la peau est indissociable du traitement du diabète.

Un accompagnement insuffisant

Les résultats mettent en lumière un besoin fort d’amélioration concernant l’accompagnement dans le vécu au quotidien avec des complications cutanées. En effet, plusieurs chiffres nous ont interpellés. 44 % des participants ne se sont pas sentis compris ou entendus par les professionnels de santé, 66 % de ces personnes estiment que leur problème n’a pas été pris au sérieux, 58 % ne se sentent pas bien informés sur les affections cutanées liées au diabète et 85 % souhaitent un meilleur accompagnement. Certaines personnes renoncent même aux soins pour raisons financières (26 %).

Des inégalités dans l’expérience de la complication

Enfin, certains résultats suggèrent des inégalités importantes dans le vécu de ces atteintes. Dans l’étude, les femmes rapportent plus souvent un retentissement des problèmes de peau sur la gêne, l’image du corps, l’anxiété et le sentiment d’être entendues par les soignants. Les personnes aux revenus les plus modestes renoncent aussi beaucoup plus souvent à des soins que les plus aisées.

Pour mieux accompagner les personnes souffrant de cette complication, et proposer un soutien personnalisé selon les personnes, leurs troubles et leurs souffrances, plusieurs pistes sont possibles. Des formations pour les professionnels de santé pourraient être plus systématiquement envisagées, car les répercussions sur la santé globale ne sont pas forcément connues. La question des complications de la peau pourrait être systématiquement posée lors des consultations médicales pour les personnes atteintes de diabète, car il peut y avoir une gêne ou une minimisation du problème de la part des patients. Des supports d’informations et des séances d’éducation thérapeutique dédiées pourraient être davantage proposées. Enfin, la reconnaissance de l’impact psychosocial de ces atteintes permettrait de favoriser une prise de conscience plus globale des problématiques vécues.

En conclusion

Ces résultats rappellent une chose simple : la peau ne peut pas être traitée comme une complication secondaire du diabète. Parler des problèmes de peau c’est aussi parler de la vie sociale, affective et sexuelle, des activités quotidiennes et de l’impact que des douleurs peuvent avoir sur la vie. C’est donc parler de toute la qualité de vie des personnes concernées dans leur globalité, et cela implique une prise de conscience pour parler ouvertement de cette complication et trouver collectivement les bonnes solutions en termes de traitements, de parcours de soins et d’accompagnement.

 

Etude financée par CeraVe.

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