Auteur : Coline Hehn, chargée de recherche

La psychiatrie et la psychologie sont des disciplines parfois floues à distinguer, à comprendre et à appréhender. Avec une année 2025 placée sous le signe de la santé mentale, prenons le temps de comprendre ces domaines de la « psy » à travers plusieurs articles et pourquoi il est important de saisir les nuances de ces différentes approches.

Pourquoi s’y intéresser en tant que patient ?

La santé mentale est un pilier fondamental du bien-être, au même titre que la santé physique. Pourtant, consulter un professionnel de la « psy » reste parfois entouré d’appréhensions, de stigmatisations et d’idées reçues. Beaucoup associent encore le suivi psychologique ou psychiatrique à une forme de « folie » ou à une incapacité à gérer sa vie. Ces disciplines peuvent vous apporter les clés pour résoudre vos difficultés du quotidien et dans l’accompagnement de nombreux troubles et difficultés du quotidien.

En France, chaque année une personne sur cinq est touchée par un trouble psychique ; les troubles anxieux et dépressifs étant les plus fréquents. La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes : près de 40 % des 18-24 ans déclarent avoir souffert de troubles mentaux au cours de l’année écoulée, avec une aggravation liée à la crise du COVID-19 depuis 2020. Les personnes atteintes de maladies chroniques, comme le diabète, présentent un risque significativement plus élevé de dépression. Malgré ces besoins croissants, l’accès aux soins reste limité, avec des délais d’attente dépassant souvent deux mois pour consulter un psychiatre, et une minorité seulement de la population accédant à un psychologue. N’oublions également pas de mentionner les inégalités territoriales présentes à travers la France. La santé mentale constitue un enjeu majeur de santé publique.

Alors, pourquoi est-il important de mieux comprendre ces domaines ?

Tout simplement pour lever les barrières de la peur et du jugement, et ainsi accéder plus facilement à un soutien adapté lorsque cela est nécessaire.

Psychiatrie et psychologie : quelles différences ?

L’amalgame entre psychologie et psychiatrie est fréquent. Pourtant, ces disciplines, bien que complémentaires, sont différentes dans leurs approches et leurs champs d’action.

  • Le psychiatre est un médecin spécialisé en psychiatrie et qui est a obtenu un doctorat de médecine. Il peut poser un diagnostic médical et prescrire un traitement médicamenteux en cas de trouble mental diagnostiqué (dépression, anxiété, trouble bipolaire, schizophrénie, etc.). Il peut aussi proposer des thérapies, mais son approche reste essentiellement médicale.
  • Le psychologue est un professionnel ayant étudié la psychologie, titulaire d’un master 2 validé en psychologie. Important à préciser qu’il n’est pas médecin. Il ne prescrit donc pas de médicaments, mais il utilise des outils thérapeutiques (psychothérapies, tests psychométriques, accompagnement psycho-social) pour aider les patients à comprendre et à mieux gérer leurs émotions, comportements et pensées. Pour un complément d’informations, découvrez l’article du magazine du Diabète LAB sur la psychologie de la santé et la psychothérapie.

En d’autres termes, si un traitement médicamenteux est nécessaire, le psychiatre sera l’interlocuteur privilégié. Si l’objectif est un accompagnement par la parole et des techniques thérapeutiques non médicamenteuses, le psychologue sera plus indiqué (même si le psychiatre peut avoir suivi une formation de psychothérapie et le rend tout à fait adéquat à une prise en charge complète).

Dépasser les idées reçues

Malgré une déstigmatisation progressive autour de la « psy », certains clichés et croyances restent ancrés. Prenons le temps d’en décortiquer quelques-unes.

  • « Se faire suivre, c’est être fou » : cette croyance, encore trop répandue, freine beaucoup de personnes qui pourraient pourtant bénéficier d’un accompagnement. Or, consulter un psy, c’est avant tout prendre soin de sa santé mentale, au même titre que consulter un médecin pour une douleur physique.
  • « Je peux tout.e gérer seul.e » : s’il est essentiel de développer des ressources personnelles, certaines situations nécessitent un accompagnement professionnel. Les troubles anxieux, la dépression, les traumatismes ou encore les troubles des conduites alimentaires peuvent être allégés grâce à un suivi adapté.
  • « Ce n’est pas pour moi, je n’ai pas de maladie mentale » : la psychologie ne s’adresse pas uniquement aux personnes souffrant de pathologies graves. Elle peut aussi être utile pour traverser des périodes de stress, de deuil ou tout autre moment de vie nécessitant un soutien.
  • « Il n’y a qu’un seul type de prise en charge et si le psy ne me convient pas, c’est que la psy, ce n’est pas fait pour moi » : il est tout à fait compréhensible d’avoir ce point de vue, surtout si votre première expérience avec un professionnel de la santé mentale s’est mal déroulée. Toutefois, il est essentiel de savoir qu’il existe un grand nombre d’approches thérapeutiques. Nous parlons souvent de psychanalyse, courant initiateur de la psychologie, mais aussi des Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC). Il existe diverses autres approches et il essentiel de trouver d’une part celle qui vous parlera le plus et d’autre part, le spécialiste qui pourra vous accompagner dans vos démarches et avec qui vous vous sentez bien et en sécurité.

Les enjeux actuels de la santé mentale

Aujourd’hui, comme dit précédemment, la santé mentale est de plus en plus reconnue comme « un enjeu de santé publique ». La crise sanitaire liée à la COVID-19 a mis en lumière l’importance du bien-être psychologique et la nécessité de faciliter l’accès aux soins. Pourtant, des défis persistent :

  • Le manque de professionnels accessibles : les délais pour obtenir un rendez-vous avec un psychologue ou un psychiatre peuvent être longs, ce qui complique la prise en charge rapide des patients en souffrance. Il est alors recommandé par les professionnels de santé de s’inscrire sur les listes d’attente des Centres Médico-Psychologiques (CMP), de suivre avec attention l’installation d’un psy en libéral près de chez vous et surtout, de faire attention à qui vous vous adressez. En cas de besoins urgents ou une mise en danger, il est nécessaire de vous rapprocher des urgences psychiatriques les plus proches de chez vous. Si vous souhaitez être suivi par quelqu’un ayant étudié la psyché humaine, il est préconisé d’aller voir un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute, inscrit dans votre Agence Régionale de Santé (ARS).
  • L’extrapolation d’appellation pour des métiers à caractère « psy » qui ne sont pas encadrés : si le nombre de psychologues, psychiatres ou psychothérapeutes est dans certaines zones, voire dans la France entière, peu suffisant, de nombreux praticiens se sont lancés dans cette discipline sans aucun diplôme certifié. Faites donc attention de ne pas aller vers un spécialiste qui n’en est pas un et qui vous promet mont et merveilles dès les premières séances. Un suivi psy, c’est cadré, réfléchi et réalisé dans les meilleures conditions possibles. Faites donc attention pour vous et vos proches. N’hésitez pas à vérifier les diplômes de la personne que vous comptez consulter.
  • L’accessibilité financière : si les consultations psychiatriques sont remboursées par la Sécurité Sociale, celles des psychologues ne le sont que partiellement, bien que certaines aides existent (dispositif Mon Soutien Psy mis en place par le gouvernement, mutuelles, consultations dans des centres médico-psychologiques gratuits ou autres aides plus locales). Si vous êtes suivi à l’hôpital, il est possible de consulter un psychologue dans les services hospitaliers. Si vous êtes encore dans une période d’études, il est possible de trouver des dispositifs gratuits dans les universités.
  • La persistance des préjugés : il est essentiel de continuer à sensibiliser sur l’importance de la santé mentale pour réduire la stigmatisation et encourager davantage de personnes à demander de l’aide sans crainte du regard des autres.

Ces défis présentent un travail conséquent pour les professionnels de la santé mentale ainsi que pour les institutions politiques et de santé. Toutefois, depuis quelques années, nous pouvons observer une amélioration de l’image de la psy depuis quelques années. Nous espérons ainsi, qu’en cas de besoin, que de plus en plus de personnes feront la démarche de voir un professionnel de la santé mentale, si elles en ressentent le besoin. Il est également important de rappeler qu’entamer une démarche psy ne vous enferme pas dans un parcours long ; deux séances peuvent parfois suffire pour débloquer une situation et avoir un espace de parole bienveillant pour exprimer ses ressentis.

Vers une meilleure reconnaissance du rôle des « psy »

Comprendre les différences entre psychiatres et psychologues permet de mieux s’orienter et de choisir le professionnel adapté à ses besoins. La santé mentale est une composante essentielle du bien-être. Consulter un spécialiste ne signifie aucunement être « anormal » ou « faible », bien au contraire, c’est un acte de soin et de prévention.

En tant que patients ou proches, s’informer, s’ouvrir à ces ressources et dépasser les idées reçues est un premier pas vers une prise en charge plus efficace, bienveillante et avec des bénéfices sur le long terme.

La Fédération Française des Diabétiques se mobilise pour que la santé mentale soit pleinement intégrée aux parcours de soins. En tant que patients, proches, citoyens, nous avons tous un rôle à jouer pour faire évoluer les mentalités et exiger une meilleure prise en charge psychique accessible, humaine et respectueuse de chacun.

Références :

BRUCHON-SCHWEITZER, Marilou. Psychologie de la santé : concepts, méthodes et modèles. Paris : Dunod, 2014.

BRUCHON-SCHWEITZER, Marilou et SIKSOU, Margaux. La psychologie de la santé. Le Journal des psychologues [en ligne]. 2008, n° 260, pp. 28 [consulté le 2 juillet 2025]. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.3917/jdp.260.0028

FISCHER, Georges-Nicolas et TARQUINIO, Cyril. Psychologie de la santé : applications et interventions. Paris : Dunod, 2014.

MIKOLAJCZAK, Moïra. Les interventions en psychologie de la santé. Paris : Dunod, 2013.

SANTÉ PUBLIQUE FRANCE. Santé mentale des jeunes : des conseils pour prendre soin de sa santé mentale [en ligne]. 2023. Disponible à l’adresse : https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/sante-mentale/documents/article/sante-mentale-des-jeunes-des-conseils-pour-prendre-soin-de-sa-sante-mentale

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